À la rencontre de Julie Dessureault

David B canadian armed forces in front of tutor jet
David B canadian armed forces in front of tutor jet

 Un des aspects qui me plaît le plus dans la formation du Programme de transition des vétérans (PTV), c’est de voir la progression de l’ouverture des participantes qui peu à peu se transforme et se conclue en une paix lumineuse! De contribuer à faire partie de cette transformation est une des actions les plus valorisantes que j’ai vécues.

J’ai quinze ans lorsque mon père décède. Ma famille accuse le choc. Pour payer mes études collégiales, je m’enrôle dans la réserve des Forces Armées Canadiennes. Trois ans plus tard, j’obtiens mon transfert dans la Force Régulière. Puis, j’y fait carrière pour un total de 20 ans. D’abord comme technicienne d’approvisionnement et ensuite comme technicienne médicale. Mes meilleurs souvenirs se composent de petits moments d’entraide et de solidarité au service du bien-être de mes camarades.

« Je tente de reprendre ma vie en main, de faire reconnaître les crimes dont j’ai été victime et de panser les innombrables blessures qu’on m’a infligées durant toutes ces années. »

Mes pires souvenirs sont plus sombres et poignants les uns que les autres. Les plus horribles drames qui me soient arrivées, sont constitués de discrimination, d’abus de pouvoir, de chantage, de harcèlements, de menaces, de manipulations, d’humiliation et d’agressions sexuelles… à répétition.

Le contexte et les circonstances m’interdisent de dénoncer mes agresseurs. Plus tard, même des spécialistes refusent de me croire et remettent en question la véracité de mes déclarations. Toute cette séquence d’événements dramatiques, injustes et intolérables finit par me détruire. Je sombre de dépression en dépression. Je deviens suicidaire. On tente même de m’interner en institution psychiatrique. Je souffre manifestement d’un syndrome post-traumatique.

shattered glass black and white
« À la fin de la deuxième période, tous mes doutes disparaissent grâce à l’apparition d’une connexion viscérale entre toutes les participantes. Ce lien insuffle en moi un profond soulagement et un sentiment de paix qui se répand dans tout mon être. »

Pourtant, le médecin militaire qui doit émettre un diagnostique sur ma situation, refuse de reconnaître cette pathologie. Je quitte finalement l’armée pour des raisons médicales. Depuis, je tente de reprendre ma vie en main, de faire reconnaître les crimes dont j’ai été victime et de panser les innombrables blessures qu’on m’a infligées durant toutes ces années.

Je poursuis toujours inlassablement ma quête de guérison lorsqu’on me suggère de participer au PTV. Après un entretien téléphonique d’évaluation, mais qui vise surtout à mieux me connaître, me comprendre et répondre à mes appréhensions, je suis choisie. Mes sentiments sont ambivalents. Heureuse qu’on me donne l’opportunité de participer et nerveuse de devoir encore affronter mes souvenirs cauchemardesques… mais en groupe, cette fois-ci!

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J’arrive dans un cadre magnifique, en pleine nature, un lieu tenu secret et réservé exclusivement aux participantes.Tout ce contexte doit favoriser chez-moi le lâché prise et me permettre de diminuer mon niveau d’anxiété. Ce n’est pas le cas. Je suis intimidé, en mode survie. Malgré tout, la formation débute et je suis encore là.

Au fil des jours et des exercices, je laisse monter mes émotions. Toutefois, après avoir entendu le témoignage d’une participante, une boule de feu et de colère m’envahit. Je suis terrorisée. Je fuis et une thérapeute vient à mon secours pour m’aider. La formation continue et je me sens libérée d’un lourd fardeau.

«  Si comme moi, vous souffrez, que vous voulez vous en sortir et que vous avez le courage de faire les efforts nécessaires, vous devez foncer et vous inscrire au PTV. Votre vie en sera changée, du tout au tout. »

Nous sommes six participantes, toutes vétéranes, deux paires-aidantes, deux thérapeutes et une troisième en formation. Le programme est divisé en deux périodes de cinq jours chacune. À la fin de la deuxième période, tous mes doutes disparaissent grâce à l’apparition d’une connexion viscérale entre toutes les participantes. Ce lien insuffle en moi un profond soulagement et un sentiment de paix qui se répand dans tout mon être. Pourquoi exactement? Difficile à dire. Selon moi, la réponse réside dans la méthode utilisée dans cette formation unique.

Pour trouver la réponse et comprendre, il faut donc suivre et vivre la formation du PTV. Le fait d’avoir su résister à la tentation de fuir, au tout début de la formation, est l’une des meilleures décisions de ma vie. Si comme moi, vous souffrez, que vous voulez vous en sortir et que vous avez le courage de faire les efforts nécessaires, vous devez foncer et vous inscrire au PTV. Votre vie en sera changée, du tout au tout.

Un dernier conseil, si comme moi vous décidez de dénoncer vos bourreaux, ils pourraient recevoir un verdict de culpabilité. La preuve, c’est que l’un des miens a été reconnu coupable d’agression sexuelle au palais de justice, le 4 janvier 2024. Il purgera se peine consigné à domicile, aura un dossier criminel ainsi qu’une multitude de restrictions et d’obligations. De plus, le juge a accordé à la police militaire l’autorisation de prendre un échantillon sanguin du coupable. Ce jour marque une grande victoire pour moi et est porteur d’espoir pour toutes les victimes. Sans le PTV, je ne crois pas que j’aurais été capable d’aller jusqu’au bout du processus judiciaire et que, malgré tous mes efforts, ma vie aurait continué à être un enfer. Maintenant, je suis soulagée de ce lourd fardeau et je peux enfin me reconstruire. Pour moi, le PTV a été un franc succès, sur toute la ligne.

– Julie

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