À la rencontre de Dan Larouche

Dan Larouche
Dan Larouche

Dan s’est enrôlé dans les Forces armées canadiennes (FAC) à l’âge de 19 ans après une brève période de travail dans les mines de Sudbury, en Ontario. Son expérience dans le secteur minier a cependant été écourtée en raison des difficultés économiques de la fin des années 1970. Par contre, son enthousiasme pour le travail avec de la machinerie lourde et des explosifs a fait de lui un excellent candidat pour le métier d’ingénieur de combat qui lui a été proposé lors de son enrôlement.

Après cinq années passées à travailler comme ingénieur de combat, pendant lesquelles il a acquis une expertise d’apprenti de troupe de campagne et d’opérateur d’équipement lourd et a participé à un déploiement à Chypre, il a effectué une transition au sein de la famille du génie militaire pour devenir spécialiste en procédures du génie de construction. Ce nouveau métier l’a amené, lui et sa jeune famille, à déménager 11 fois au cours des 28 années suivantes. Pendant cette période, il a cherché les occasions d’affectations et d’expériences à l’étranger, de formations spécialisées, de formations en dehors de son métier et d’échanges avec les forces américaines et alliées. Il s’est également intéressé de près à l’étude du comportement humain et du bien-être mental, conscient des conséquences que peut avoir une expérience traumatisante sur les gens. Cet intérêt l’a conduit à se joindre à l’équipe du Critical Incident Stress Response (CISR), mise sur pied à la base de Borden en 1996-1997.

En 1998, après l’écrasement du vol 111 de la compagnie Swiss Air près de Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse, Dan a été chargé d’intervenir sur place auprès du personnel affecté aux opérations de récupération. Il a apporté son soutien aux personnes qui exploraient les plages à la recherche de restes humains et d’effets personnels, aux premiers répondants, aux équipages des navires et aux équipes spécialisées comme celles des plongeurs. Pendant 21 jours, il a travaillé à la morgue temporaire de Shearwater en tant que pair aidant (para) du CISR pour soutenir les équipes de spécialistes, le personnel de la Croix-Rouge, les enquêteurs de Transport Canada et le personnel de sécurité, entre autres.

Dan a été profondément perturbé par les événements traumatisants qu’il a vécus alors qu’il apportait son soutien lors des interventions auprès des personnes impliquées dans les opérations. De plus, aux prises avec des conflits interpersonnels face aux priorités d’affectation, il a aussi été exposé à de nombreuses situations qui lui ont causé des blessures morales.

Lors d’une intervention en particulier, il se souvient qu’au fil des heures, il a senti que son cerveau et ses sens étaient saturés et il a décidé de se couper de ses émotions pour continuer à aider les victimes. Il qualifie ce moment comme celui où il a mis la « switch à off. » Il a donc pu supporter ce qu’il voyait et ignorer les sons et les odeurs, sans rien ressentir. Finis la peur, les nausées, les tremblements et les sueurs froides, plus besoin de se retenir : il était, comme il le dit, « sur le pilote automatique ».

Il décrit le Programme comme « un changement de vie et un tournant dans la reconnaissance et l’identification de la façon dont je me sentais et me voyais, ainsi que la première étape de mon rétablissement et du processus de guérison en cours de cette blessure de stress opérationnel. Les outils d’apprentissage et de guérison qui ont été mis à ma disposition, ainsi que la pleine conscience supplémentaire que l’on m’a encouragé à adopter, m’ont été d’une grande utilité. Avec le temps et les efforts, j’ai commencé à me sentir à nouveau moi-même et j’ai été invité à revenir en tant que pair aidant. »

À l’issue de sa mission, Dan a reçu une reconnaissance officielle pour son excellent travail dans des conditions très difficiles sur le plan émotionnel. Cependant, il n’a pas ressenti de fierté pour cette reconnaissance; au contraire, il a ressenti de l’impuissance, de la culpabilité, de la faiblesse et de la honte pour avoir été incapable de maîtriser ses émotions et de ne pas en avoir fait plus.

L’année suivante, à la date anniversaire de l’événement, il a vécu son premier trouble dissociatif. Il a consulté un psychologue, sans toutefois approfondir sa démarche, et il s’est concentré sur son travail. Au fil du temps, son comportement a changé : il est devenu insatisfait, triste, dépressif et colérique, et avait des accès de colère de plus en plus fréquents qui semblaient venir de nulle part.

Après une blessure au dos en 2008, ses problèmes se sont aggravés et ont provoqué une multiplication de comportements inappropriés et dangereux. Dan a volontairement quitté les forces armées. Après examen, il a été classé comme libéré pour des raisons médicales à la suite d’une blessure au dos.

En 2013, Dan a frôlé la mort en raison de complications liées à l’hypertension portale. Il s’en est remis, mais cette expérience l’a rendu vulnérable et, à partir de 2016, il a commencé à ressentir des symptômes liés à l’état de stress post-traumatique (ÉSPT). Après avoir refoulé, pendant 15 ans, les souvenirs traumatisants de son travail lors de l’écrasement du vol de la compagnie Swiss Air, des bribes de ces souvenirs se sont manifestées sous forme notamment de flashbacks, de dépression sévère, de tristesse extrême, de colère et d’hypervigilance. Méfiant à l’égard du monde professionnel, il a essayé d’utiliser toutes ses connaissances et son expérience passée pour s’en sortir seul. Cela l’a conduit à un plus grand isolement, à l’insatisfaction et à la colère, auxquels se sont ajoutés la culpabilité et le jugement. Il passait de plus en plus de temps seul, s’enfonçant de plus en plus profondément dans les ténèbres de son esprit où il disait se sentir perdu et isolé, à la recherche d’un but et d’un sens.

« C’est bon d’être à nouveau moi. Le moi que je veux être à ce moment de ma vie. »

Cherchant désespérément de l’aide, il a fait des recherches sur Internet et a trouvé le site Web du Réseau de transition des vétérans (RTV). Il s’est senti interpellé et a pris contact avec eux. Après avoir passé un entretien et participé à une sélection, il s’est inscrit comme participant à une prestation du Programme de transition des vétérans (PTV).\

C’est dans le cadre du PTV que Dan a appris que les effets du stress opérationnel peuvent affecter les vétérans longtemps après avoir quitté le service, parfois au point de les empêcher de profiter de la vie ou de la vivre comme ils l’entendent. Il en résulte souvent :

  • Une rupture des liens avec la famille ou les amis
  • De l’insatisfaction à l’égard des lieux de travail civils
  • De se sentir souvent à cran, irritable ou en colère
  • Des difficultés à dormir et à rester concentré
  • De se sentir déprimé ou démotivé pendant des semaines, voire des mois
  • D’éviter les lieux publics ou les foules
  • De rechercher la montée d’adrénaline dans des situations dangereuses

Les programmes et formations du RTV expliquent pourquoi cela se produit et comment reprendre sa vie en main.

À la fin du Programme de transition des vétérans (PTV), les participants savent comment accéder aux ressources et obtenir le soutien nécessaire pour poursuivre leur rétablissement et leur guérison et, surtout, ils savent qu’ils ne sont pas seuls pour aller de l’avant.

Aujourd’hui, sept ans et demi après avoir participé au PTV , Dan a mis en pratique tout ce qu’il a appris et il a continué à se prévaloir de soutien professionnel et de thérapie supplémentaires. Sa contribution en tant que pair aidant au sein de l’équipe du RTV, notamment aux côtés des cliniciens œuvrant dans les programmes et formations, a bonifié le soutien offert dans le cadre de 14 prestations (et ce n’est pas fini!).

Il explique qu’il a fait des progrès personnels considérables, récoltant les fruits de ce qu’il a appris, et qu’il a trouvé un sens et un but à sa vie. Le résultat le plus important, dit-il, « … a été la récompense de relations renouvelées et saines avec les personnes qui me sont chères et de nouvelles relations qui se sont formées depuis lors… » Il résume son parcours par cette phrase : « C’est bon d’être à nouveau moi. Le moi que je veux être à ce moment de ma vie. »