Rencontre avec 
le caporal Reginald Wise

Par Ashley Orzel

David B canadian armed forces in front of tutor jet
David B canadian armed forces in front of tutor jet

« Quand ils perdent un ami, l’ÉSTP s’installe. Quand ils croient qu’ils ne peuvent plus être blessés, l’ÉSTP est là. Nous ne pouvions pas les réintégrer tant qu’ils n’avaient pas surmonté leurs traumatismes, ce qu’ils n’ont pas fait. »

Marine royale britannique

À 90 ans, le caporal Reginald Wise est le vétéran le plus âgé à avoir obtenu un diplôme du Programme du Réseau de transition des vétérans (RTV). Après un valeureux service, il a consacré sa vie à faire en sorte qu’aucun soldat ne soit laissé pour compte.


Se joindre au combat en Europe

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, Reginald Wise, né en Grande-Bretagne, s’engage dans la Home Guard l’année suivante. Il n’a que 16 ans. À 17 ans, il devient tireur d’élite au sein du Commando n° 40 de la Marine royale.

« J’ai servi dans cinq pays pendant la guerre : l’Italie, la Yougoslavie, l’Albanie, la Grèce et un peu au Royaume-Uni… J’ai vu de l’action là-bas aussi. C’était passionnant. Je m’occupais d’un canon antiaérien. À 19 ans, j’étais responsable de 10 hommes. Parfois, je devais leur administrer une dose de morphine lorsqu’ils étaient gravement blessés, pour qu’ils puissent mourir en paix. C’est ce qu’on faisait à l’époque. »

shattered glass black and white

Le raid sur Dieppe

Le 19 août 1942, les Alliés débarquent, dans le nord de la France, sur la plage devant Dieppe, alors occupée par les Allemands. Cette bataille est considérée comme l’un des chapitres les plus dévastateurs de l’histoire militaire canadienne. Le commando no 40 de la Marine royale faisait partie des troupes britanniques qui combattaient aux côtés des Canadiens.

« Mon unité a participé au raid sur Dieppe. J’ai joint la Marine à 17 ans et le débarquement de Dieppe a eu lieu juste avant mes 18 ans. Je ne pouvais donc pas aller au combat avec eux. Nous avions des ordres directement de Churchill. Il m’a fallu attendre 70 ans après la guerre pour que je puisse en parler. Je pourrais vous raconter la « vraie version » du raid sur Dieppe. »

shattered glass black and white

L’ÉSTP et les compagnons d’armes

Au cours de ses années de service, Reginald a remarqué à quel point il était difficile pour les hommes de son unité d’être éloignés de leurs proches, et qu’ils avaient besoin de plus de repos et de rester en contact avec leur famille pour compenser la brutalité et la rigueur de ce qu’ils subissaient quotidiennement. Il était responsable de dix hommes et une partie de son rôle consistait à surveiller leurs comportements et les changements dramatiques indiquant un ÉSPT. « Quand ils perdent un ami, l’ÉSTP s’installe. Quand ils croient qu’ils ne peuvent plus être blessés, l’ÉSPT est là. Nous ne pouvions pas les réintégrer tant qu’ils n’avaient pas surmonté leurs traumatismes, ce qu’ils n’ont pas fait. »

Reginald décrit les adieux émouvants faits à ces hommes. « Ils nous ont dit : 
« Messieurs, ils retournent en Angleterre pour voir ce que les médecins peuvent faire pour eux », 
et nous avons chanté Auld Lang Syne quand ils sont partis. Ça me fait encore pleurer. »

« Il n’y a pas de honte à souffrir de l’ÉSPT », ajoute-t-il.

Labrador helicopter landing on bell island

Quitter le service

Lorsque Reginald était en service à Comacchio, en Italie, il a été frappé au bras par un soldat allemand. Alors qu’il était étendu sur le sol, pensant que c’était peut-être la fin, il a remarqué que son ami se tenait au-dessus de lui. Celui-ci l’a ramassé et l’a emmené au loin alors qu’une mitrailleuse leur tirait dessus. « Il m’a sauvé la vie. Il n’a pas hésité. »

Reginald avait été touché trois fois. Il a passé les cinq mois suivants dans un hôpital de campagne où les médecins ont tenté de sauver son bras gauche. Ce fut la fin de son service pendant la guerre.

Reginald a quitté l’armée en 1946 et a épousé sa femme, Phyllis, en 1947. Ils ont décidé de vivre de l’autre côté de l’Atlantique et de venir au Canada en 1951, où ils ont acheté un terrain de cinq acres et construit une maison.

Pendant tout ce temps, Reginald ressentait les effets de l’ÉSPT, notamment des migraines très difficiles. « Un matin, je me suis réveillé et j’ai senti que j’étais différent. L’ÉSPT vous rattrape. » Il avait la chance d’avoir sa femme à ses côtés, qui, dit-il, « comprenait tout ».

« La guerre a été une période très excitante. Quand elle s’est terminée, je me suis senti détaché de tout ça. Je suis allé chercher de l’aide chez mon médecin. C’est ce qu’on faisait à l’époque. Quand je suis arrivé au Canada, il y avait un hôpital pour les mercenaires à Vancouver, mais ils m’ont fermé la porte. Je suis donc allé voir mon médecin et il m’a envoyé consulter un psychiatre. Ça n’existait pas, l’aide aux vétérans. »

« J’ai rejoint le RTV pour aider mes camarades vétérans. »
Découverte du RTV

Membre de longue date de la Légion, Reginald a rencontré un collègue qui travaillait bénévolement pour le Réseau de transition des vétérans (RTV) et qui lui a parlé de l’organisation.

« J’ai joint le RTV pour aider mes camarades vétérans. »

En regardant les vétérans présents dans la salle, il a dit qu’il voyait la même solitude qu’il a vue pour la première fois dans son unité, il y a de nombreuses années. « Les gars ici ont perdu leur famille. Ils sont en service et s’inquiètent pour leurs femmes et leurs enfants, surtout en Afghanistan. Ils n’ont ni repos ni détente. »

Motorcycles in front of royal canadian air force jet

Reginald de retour au RTV

Lorsque le RTV a retrouvé Reginald, il était âgé 97 ans. Il vivait seul dans sa résidence de Surrey, en Colombie-Britannique, où il préparait ses propres repas, s’occupait des plantes de sa serre pour rester actif et où les murs étaient ornés des photos de ses arrière-petits-enfants. Il appréciait aussi les visites de sa famille élargie. Peintre prolifique, il représentait des scènes de guerre qu’il a vécues et les hommes qui ont servi à ses côtés. Il disait que c’était sa façon d’affronter ses problèmes et de traiter ses traumatismes.

Reginald est malheureusement décédé chez lui le 29 octobre 2021, une semaine après l’entrevue réalisée pour cet article. Il était passionné par le fait de partager son histoire et d’aider les soldats souffrant d’ÉSPT, grâce à son expérience de la Seconde Guerre mondiale.

Vous pouvez changer la vie de personnes comme Reginald.